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Le H5N1 toujours en embuscade...



Le H5N1 toujours en embuscade...
La revue américaine Science a publié des travaux très polémiques sur le virus H5N1, qui montrent que le vecteur de la grippe aviaire peut muter et provoquer une pandémie humaine majeure.

«Je suis depuis le début persuadé qu'il faut publier ces travaux qui font avancer la connaissance sur le virus H5N1», affirme le professeur Bruno Lina, directeur du laboratoire des centres nationaux de référence des virus influenza à Lyon. La polémique avait éclaté en septembre dernier quand des chercheurs américains et néerlandais avaient annoncé lors d'une conférence scientifique qu'ils avaient réussi à produire une mutation du virus H5N1 capable de se transmettre directement de mammifère à mammifère par voie respiratoire. Une mutation du H5N1 potentiellement très dangereuse pour l'homme.
Un comité américain sur la biosécurité, le NSABB, avait estimé que ces travaux étaient dangereux et ne devraient pas être publiés. Certains experts craignaient que les virus modifiés se retrouvent dans la nature et provoquent une pandémie, ou que les publications servent de mode d'emploi pour des terroristes qui voudraient produire une arme biologique mortelle.
Transmission directe entre des furets
Après de longues discussions entre les chercheurs et les experts, ces craintes ont été écartées, et les travaux ont donc été publiés jeudi soir par la revue américaine Science . Les scientifiques ont cultivé un virus qui réussit à se transmettre par voie aérienne chez le furet, le meilleur modèle biologique utilisé en laboratoire pour étudier la propagation des virus grippaux sur l'homme.
«C'est de la belle science, réalisée par des spécialistes mondiaux de la grippe et les mutations qu'ils ont identifiées vont permettre d'améliorer nos moyens d'alerte face au virus H5N1 en nous montrant quelles sont les mutations que nous devons particulièrement surveiller», se réjouit Vincent Enouf, directeur adjoint du centre national de référence de la grippe à l'Institut Pasteur à Paris.
Depuis le pic de l'épidémie de grippe aviaire H5N1 qui avait tant fait couler d'encre en 2006, le virus est toujours dans la nature, contaminant des populations de volatiles en Asie (Indonésie principalement) et en Afrique (Égypte). Le virus ne se transmet actuellement que d'oiseau à oiseau mais continue de faire une trentaine de victimes humaines par an, principalement des personnes travaillant dans des élevages de volailles et directement exposées à de très fortes charges virales.

Le risque de pandémie humaine existe
«Depuis l'apparition du virus en 2005, il y avait un vrai débat sur la capacité du H5N1 de s'adapter à l'homme, commente Bruno Lina. Certains affirmaient que cela n'arriveraient jamais, d'autres disaient que ça allait arriver très vite. On sait désormais que cela peut se produire, mais cela ne sera pas demain.» Les chercheurs estiment dans Science que le risque est «potentiellement sérieux».
Les travaux de Ron Fouchier, chercheur du centre médical Erasmus à Rotterdam (Pays Bas), comme ceux de l'équipe de Yoshihiro Kawaoka publié dans Nature en mars dernier, montrent que les virus qui infectent les furets ont cinq mutations différentes par rapport à la majorité des H5N1 qui existent dans la nature. Or une analyse statistique publiée cette semaine dans Science montre que certains H5N1 ont déjà deux des mutations nécessaires, et il est tout à fait possible qu'ils développent les trois changements supplémentaires pour provoquer une épidémie humaine de grande ampleur.
Une des grandes inquiétudes liées au H5N1 vient du fait que son taux de mortalité est extrêmement élevé, tuant près de 60% des malades infectés, alors que pour la grippe A (H1N1) de 2009 qui avait provoqué la mort de 18.000 personnes dans le monde, le taux de mortalité n'était que de 0,04%. Par chance, les études sur les furets confirment que le H5N1 perd une bonne partie de sa virulence et de sa létalité en s'adaptant aux mammifères.
Lien direct vers l'article du FIGARO






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